Lire, c'est se délivrer ?

Publié le 16 juin 2026 · Jacques Dal

Il y a dans le mot « lire » un écho heureux : lire, dé-livre. Comme si l’acte de lire portait en lui une promesse de délivrance. Beaucoup de lecteurs le savent d’instinct : un livre, parfois, dit ce que nous n’arrivions pas à nous dire, et nous nous sentons un peu moins seuls, un peu plus légers.

Lire, c’est se rencontrer

Un texte qui nous touche ne nous apprend pas seulement quelque chose sur le monde ; il nous apprend quelque chose sur nous. On souligne une phrase, et c’est notre propre expérience qui s’y reconnaît, soudain mise en forme. La littérature offre des mots pour des choses que nous portions sans nom. Elle nomme, et nommer, déjà, allège.

Car ce qui pèse le plus, souvent, c’est ce qui reste informe : l’angoisse sans contour, la tristesse sans cause dite, le trouble qu’on ne sait pas dire. Tant que cela n’a pas de mots, cela nous habite à notre place.

La fonction symbolique

La psychanalyse appelle symbolique cette capacité à représenter par des mots ce qui, sinon, resterait pure tension. Mettre en mots ne supprime pas la chose, mais la transforme : ce qui était subi devient pensable, partageable, maniable. L’enfant qui apprend à dire « j’ai peur » plutôt qu’à hurler fait, déjà, ce travail. Nous le poursuivons toute notre vie.

C’est pourquoi lire délivre, mais parler délivre davantage encore. Lire, c’est recevoir les mots d’un autre. Parler — vraiment, à quelqu’un qui écoute —, c’est trouver les siens.

La cure, un travail de la parole

Une analyse n’est rien d’autre, au fond, qu’un long travail de mise en mots. On y dit ce qu’on n’avait jamais dit, parfois ce qu’on ne savait pas penser. Et il arrive ce que les grands lecteurs connaissent : une phrase tombe juste, et quelque chose se desserre. Non parce qu’on a trouvé la bonne explication, mais parce qu’on s’est, enfin, entendu.

Se délivrer, ce n’est pas se débarrasser de son histoire. C’est cesser d’en être le prisonnier muet pour en devenir, peu à peu, le narrateur.

Si vous sentez qu’il vous manque les mots pour ce que vous traversez, ils peuvent se chercher à deux. Écrivez-moi pour en parler.

Cet article est un texte de réflexion et ne se substitue à aucun avis médical ou psychologique.

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