Et la tendresse ? Bordel !

Publié le 23 juin 2026 · Jacques Dal

On parle volontiers de passion, de désir, de performance — et beaucoup moins de tendresse. Comme si elle était trop douce pour être sérieuse, trop simple pour être désirable. Pourtant, demandez aux gens ce qui leur manque le plus : ce n’est presque jamais l’intensité. C’est la tendresse.

Un mot qui gêne

La tendresse met mal à l’aise parce qu’elle expose. Elle ne se commande pas, elle ne se prouve pas, elle n’a rien à démontrer. Donner de la tendresse, c’est se montrer désarmé ; en recevoir, c’est accepter d’avoir besoin. Or beaucoup d’entre nous ont appris, très tôt, qu’avoir besoin était dangereux — source de déception, de dette, ou de honte.

Alors on se protège. On se réfugie dans l’ironie, dans la performance, dans l’autonomie farouche. On préfère « ne rien attendre » plutôt que risquer d’attendre en vain.

Ce que la tendresse réveille

La psychanalyse entend, derrière cette difficulté, l’écho des premiers liens. Nos manières d’aimer adultes portent la trace de la façon dont nous avons été — ou non — tenus, regardés, rassurés, enfants. Celui qui n’a pas pu compter sur une tendresse fiable apprend parfois à s’en passer, jusqu’à ne plus savoir la reconnaître quand elle se présente, voire à la fuir comme un piège.

La tendresse réveille la dépendance, et la dépendance fait peur. C’est pourquoi il est parfois plus facile de désirer ardemment que d’aimer tendrement : le désir maintient une distance, la tendresse l’abolit.

Réapprendre à se laisser toucher

On ne décide pas d’être tendre par volonté. Mais on peut comprendre ce qui, en nous, s’y oppose : quelle peur, quelle blessure, quelle vieille loyauté à un « il ne faut pas se laisser aller ». Mettre cela en mots, c’est commencer à desserrer l’armure.

Réapprendre la tendresse, ce n’est pas devenir mièvre. C’est s’autoriser à être touché sans se sentir menacé — et à toucher l’autre sans avoir à se justifier. C’est, peut-être, la forme la plus courageuse de l’amour.

Si la tendresse vous est difficile à donner ou à recevoir, cette difficulté a une histoire, et elle peut se travailler. Écrivez-moi pour en parler.

Cet article est un texte de réflexion et ne se substitue à aucun avis médical ou psychologique.

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